Conte d'octobre: conte de Lune

Il était une fois une panthère voyageuse, myrtillée et sans logis. Une nuit qu'elle avançait, droit devant elle sans jamais se retourner, à la recherche de sa terre, de sa planète panthère passion, elle vit devant elle une montagne à contre-lune. La montagne respirait lourdement, saccadée et sonore. Vibrante. La terre en tremblait. Mais la montagne était un lion, un petit lion endormi dans la brousse. Il fermait les yeux pour faire semblant de ne pas voir la forme inquiétante qui avançait. Très fort. Tellement fort qu'il l'imaginait plus sauvage et plus dangereuse qu'elle ne l'était. Une lionne peut-être. Une chasseresse qui l'empêcherait d'être libre. Seul un parfum de myrtille et de voyage lui faisait deviner qu'elle pouvait peut-être être douce. Pendant ce temps la panthère se demandait comment escalader cette montagne. Elle n'a pas pensé la contourner. Elle n'avait jamais vu une montagne aussi puissante. Elle la sentait vibrer sous ses pattes. Un petit singe passa par là. Il regarda tour à tour la panthère figée devant cette grande masse ocre, et le lion faisant semblant de dormir. Le petit singe rigola. Mais pourquoi restes-tu là arrêtée devant un lion, il a peur de toi, tu ne crains rien... Ce n'est pas un lion, dit la panthère, c'est ma montagne. Je t'assure que c'est un lion, répondit le petit singe et qu'un lion ne peut pas être ta montagne. La panthère ne bougeait pas. Le lion qui avait tout entendu, ouvrit un œil . Il vit tour à tour la panthère et le singe et se dit qu'il était d'accord avec le singe et qu'il ne pouvait pas être une montagne. La panthère ne ressemblait à aucune lionne. Elle était plus noire, plus lisse, elle semblait plus forte et plus guerrière. La panthère s'approcha de la montagne - le lion - et se frotta doucement contre lui. Une bouffée de douceur envahit le lion. N'aie pas peur de moi, dit la panthère. Je cherche ma terre panthère passion pour voyager plus loin, ma terre ocre de soleil, un petit prince voyageur, je cherche un sourire dans le silence et les chants de la plaine, je cherche une petite montagne triste d'avancer seule. J'ai l'air puissante et dure pour cacher ma douceur, féroce contre ma tendresse, et noire contre ma pureté. Deviens ma montagne, mon petit bout de terre, et nous voyagerons ensemble. Le petit singe avait écouté tout cela et il ne pouvait pas croire que la panthère continue à prendre le petit lion pour une montagne. Le petit lion regarda à nouveau la panthère mais cette fois-ci au lieu de la regarder du dehors il plongea dans ses yeux et il y vit tous les voyages qu'elle avait faits, tout l'amour qu'elle pouvait donner, sa tendresse - tout ce qu’il n’avait pas vu d'abord. Petite Panthère, répondit le lion, tu ne me fais plus peur. Je devine maintenant qui tu es. Tu cherches une montagne. Je ne suis qu'un lion. Mais je veux bien t'accompagner pendant ton voyage et te protéger si tu as besoin de moi. Regarde mes griffes qu'on ne voit pas quand je dors, je pourrai mordre si on te fait du mal, et te tenir chaud quand tu auras froid. La panthère le regarda longtemps sans rien dire. Finalement elle s'avança vers le lion et lui dit à l'oreille: Tu seras toujours ma petite montagne.

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