Parole de conteur, Alain Le Goff
image: Albert Anker

Les bancs ont disparu dans les grandes cheminées et les conteurs avec eux, on les a cru emportés avec la société traditionnelle qui les avait nourris et qu'ils avaient fait vivre ; les voilà qui reviennent, semblables et autres à la fois.
Ils n'ont toujours que leur langue, leurs mains et un tabouret où s'asseoir, mais le cercle se forme à nouveau. Avec d'autres mots, d'autres rythmes, ils disent toujours les mêmes lieux d'ombre, le même effroi : la Nuit, l'Autre, l'Amour, la Rencontre, les Epreuves...
La Parole est un cheval qui galope sur l'envers du monde, les êtres qui l'habitent semblent faits de chair et de sang, mais ils sont autres, ils vivent avec les dragons, les sorcières et les korrigans. Ils supportent les épreuves mais ils n'ont jamais peur, ils sont coupés en morceaux mais reviennent toujours à la vie. Le conteur les invoque en levant la main et en claquant la langue, ils se lèvent toujours à son appel.
Mais pour qu'ils restent là, tous doivent se livrer à eux : celui qui parle et ceux qui écoutent. Car si les contes et leurs personnages nous aident à vivre, ils n'existent que dans notre chaleur d'hommes... Alain Le Goff conteur

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